František Skála, quand les objets reprennent vie par la voie de l’art

Publié le par Kalesh

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František Skála (1956) est un artiste tchèque, sculpteur, illustrateur, musicien et danseur, amoureux et observateur de la nature, inventeur poète qui d’après ses propres mots redonnent vie à des objets au travers de ses créations artistiques. Son père, aussi František Skála, était un artiste bien connu de son époque. Sa mère, quant à elle, une chanteuse célèbre. František Skála, l’actuel, décrit son enfance comme un terrain d’expérimentation favorable à l’imagination, à la connaissance de l’histoire, de l’art et de la nature et ce grâce à ses parents qui partagèrent avec lui leurs passions, leurs goûts.


Lors de ses études à l’Ecole Secondaire des Arts Appliqués puis à l’Université des Arts Appliqués de Prague, il rencontre d’autres membres de l’association artistique BKS, „Bude Konec Světa“ (La fin du monde approche) dont il devient membre actif et même prédominant. Dans cette fin des années 70, il participe à diverses créations artistiques, expositions et happenings dont l‘objet principal était de „jouer avec l’art“, avec le processus créatif. D'après ses mots ils s'amusaient à jeter des couleurs sur des fichus de latex, tout en respectant les codes du dessin surréaliste etc... et encore d'autres expériences de ce type. Ils invitaient ensuite leurs proches et leurs amis à voir leurs oeuvres exposées temporairement dans leurs appartements respectifs. Ils provoquèrent ainsi la rancoeur des critiques communistes qui parlèrent alors de „crise de l’art contemporain“.

 

Velke-putovani-Vlase-a-Brady-copie-1.jpg Le grand pélerinage de Cheveux et Barbe.

 


Dans les années 80 František Skála se fait connaître du grand public grâce à ses illustrations de livres pour enfants. En 1988 il achève la création de la bande dessinée "Velké putování Vlase a Brady", („le grand pélerinage de Cheveux et Barbe“), publiée la même année par la maison d'édition tchécoslovaque Albatros. Cette bande dessinée a inspiré nombre d’artistes en République Tchèque, tant par la singularité de son état d’esprit, de son humour, que par la qualité de son esthétique et la poésie de son langage. En 1991, František Skála reçoit le prix artistique Jindřich Chalupecký, fondé par Václav Havel et Jiří Kolář l’année précédente. Ce prix récompense des jeunes plasticiens de moins de 35 ans et est devenu très populaire dans la région.

 

 

9788086300634.jpg  Journal de voyage de František Skála.

 

 

En 1993 František Skála est désigné pour représenter la République Tchèque à la Biennale de Venise. Il décide de s’y rendre à pieds et d’y exposer différentes choses qu’il aura collectées sur son chemin, retravaillées ensuite par lui pour l'exposition. Tout au long de son pélerinage de 850 km environ, il tient un journal qui sera édité en plusieurs langues, journal dans lequel il prend note de ses rencontres, de ses nuits passées à la belle étoile, de l’architecture des villages allemands et italiens.  Et ce avec des mots ou par des dessins qui viennent, avec humour souvent, illustrer les pages.

 

 

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En 2004 Skála expose dans l'une des salles les plus importantes de Prague, le Rudolfinum. C’est sa première grande rencontre avec le public. Pour l’occasion il crée des objets aux dimensions parfois impressionantes, des guitares, des batteries géantes, des voitures rock des années 50 tout droit sorties de la période de Cro-magnon, faites de bois et de matériaux de récupération. Skála utilise encore d’autres médiateurs artistiques comme la photographie pour se mettre en scène, déguisé en rock à billy qui tient un micro en bois ou un pistolet en forme de poisson etc. Encore aujourd'hui, ces livres restent des chefs d'oeuvre de fantaisie et d'ironie, appréciés aussi bien des critiques que des lecteurs.

 

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František Skála donne vie aux objets abandonnés et aux objets trouvés dans la nature, qui assemblés, travaillés ou bien laissés tels, deviennent réels, poésie, esthétique. Des instruments de musique en passant par une sculpture surnaturelle de la forêt, František Skála est une personnalité artistique avec des goûts précis. Il a ses propres idées sur le monde qui l’entoure, sur la société et ses comportements excessifs quant à sa manière de consommer par exemple, quant à l’utilisation des objets qui est trop éphémère, trop partielle, trop substainte. Skála sait lui que les objets vivent, que la nature respire et qu’elle nous parle.

Tout ceci transparaît dans son oeuvre originale, excentrique, touchante. Il est, d'une certaine manière, un artiste engagé, mais pas à la française, pas à la Sartre, plutôt en tant que collectionneur- inventeur dont la fantaisie génère un monde invisible mais pourtant bien là.

 

 

Adepte de marche, observateur infatiguable de la nature, de ses beautés, les petites, les simples, il dit avoir passé son temps lorsqu'il était enfant à observer les insectes, à marcher dans les bois.Et non pas devant la télé qui apporte aux gens de fausses informations inutiles, dit-il, car „moi je crois en l’expérience, la réelle“.

C’est ainsi que František Skála a développé son univers, alliant l‘artisanat, la création manuelle, le savoir et la poésie, mais aussi son sens des valeurs en tant qu‘homme simple qui désapprouve le gâchis dans lequel nous vivons et refuse intimement, non par conservatisme mais par conviction, par responsabilité, d’y participer.

 

 

Publié dans Culture

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