L’ordre et la morale, un film rare signé Mathieu Kassovitz

Publié le par Virginie

LOrdre-et-la-Morale-affiche.jpg  

Avril 1988, Île d'Ouvéa, Nouvelle-Calédonie. 30 gendarmes retenus en otage par un groupe d'indépendantistes Kanak. 300 militaires envoyés depuis la France pour rétablir l'ordre. 2 hommes face à face : Philippe Legorjus, capitaine du GIGN et Alphonse Dianou, chef des preneurs d’otages. À travers des valeurs communes, ils vont tenter de faire triompher le dialogue. Mais en pleine période d'élection présidentielle, lorsque les enjeux sont politiques, l’ordre n’est pas toujours dicté par la morale... Une épopée violente et trouble qui marque le retour de Mathieu Kassovitz devant et derrière la caméra.

 

Le dernier film de Mathieu Kassovitz, l’ordre et la morale, provoque  la polémique aussi bien chez les  critiques français que sur les trottoirs de la république.  Ils lui reprochent son appréhension  trop „militante“ des faits d’avril-mai 1988 en Nouvelle-Calédonie qui restent jusqu’à aujourd’hui quasi méconnus voire ignorés de l’opinion public.

 

Pourtant ce film aux qualités nombreuses débarque dans les salles françaises alors que partout dans le monde s’élèvent des voix contre les abus de pouvoir des grandes puissances, aussi bien à domicile qu’à l’étranger. Et ce n’est qu’un début.

La presse et plus généralement les médias de chaque pays sont subordonnés aux intérêts des grands groupes et des veillées politiques qui les enclinent à rendre l’actualité douteuse... Que Mathieu Kassovitz soit ravi d’entendre de part et d’autre des réactions négatives à son film, voire de provoquer des poucées d’arpèse.  

 

Et bien oui, il est temps de changer les vieilles habitudes nationales et les idées reçues qui forcent à croire que la présence de nos pays à l’étranger participe au bien des pauvres nations encore „privées“ de démocratie. Car nous ne sommes pas sans savoir que l‘ intérêt porté par nos gouvernements sur ces pays, sur ces îles etc, est avant tout économique et, ou, stimulé par cette frustration du plus fort, du dominateur, du colonisateur,  de l’homme de pouvoir dans toute sa complexité.

 

La Nouvelle-Calédonie, qui se trouve à 25 000 km de la métropole  est au moment des faits occupée par la France depuis 135 ans. Sa population originelle, les Kanaks, est dépossédée de ses richesses, ses traditions sont malmenées par la présence de l’état français et sa population, de nature pacifiste, souffre de plus en plus de cette occupation. Un jour, alors qu’un groupe de jeunes indépendantistes Kanaks veut occuper une gendarmerie sur l’Ile d’Ouvéa, l’opération tourne mal, 4 gendarmes sont tués et d’autres pris en otage. Des forces du GIGN sont envoyées depuis la métropole sur place pour régler le conflit PACIFIQUEMENT. On comprend au fur et à mesure du film que l’issue du conflit avait été décidée bien antérieurement par les politiques depuis la France. Mitterrand et Chirac se battent alors pour le poste de président. Ce conflit est utilisé par les deux partis pour raccoler à son électorat tel ou tel groupe d’électeurs de gauche ou de droite.

 

Rarement un film avait traité un fait historique et tragique de manière aussi engagée et cela ne veut pas dire que cela en fait un mauvais film, bien au contraire. Le réalisateur M. Kassovitz va de par ses choix et de par son propos à l’encontre de ce que racontent les médias et les manuels d’histoire contemporaine qui jouent le rôle de „gardes fou“ de la stabilité républicaine et assoment la France depuis des décénnies.

 

Plaider pour le  juste combat des Kanaks pour leur indépendance ainsi que montrer la bonne volonté du capitaine Philippe Legorjus du GIGN, personnalité intègre et efficace qui a essayé d’apporter au conflit une issue pacifiste, c’est avoir le courage de se positionner dans l’histoire et d’appeler le spectateur à trouver sa position dans ce conflit. En tant que personne citoyenne, qui place l’humanité et ses valeurs avant l’ordre et la morale, faussés, abusés, volés par nos politiciens et nos gouvernements successifs.

 

 

Kassovitz à qui l’on reproche le manque d’objectivité pour ne pas dire de fidélité à la république française, s’est tenue à une lecture de l’histoire du point de vue des gens, de leurs combats justes pour la vie, pour la sauvegarde de leurs traditions contre le martèlement des forces étrangères d’occupation. Et on ne peut que l’en féliciter.

 
L’histoire officielle n’a rien d’objectif et c’est bien un leurre que de le penser, les critiques devraient pourtant bien le savoir. Ils préfèrent se taire et se ranger du côté de l‘assassin.

 

Aujourd’hui la subjectivité sert à trouver une voie juste vers de nouvelles valeurs pour l’Humanité dans le foisonnement des idées qui parviennent jusqu’à nous grâce aux mouvements de contestation qui se sont multipliés et qui ont pris de l’ampleur ces dernières années.

C’est pourquoi il est nécessaire de dénoncer le mal causé par nos gouvernements  et de parler de la complexité de la nature humaine, même si cela bouleverse le statu-quo. Et je remercie le réalisateur et l’homme, qui de la haine à l’Ordre et la morale apporte aux choses complexes et aux événements du passé une réflexion juste qui met en doute ce qui pour beaucoup d’entre nous semble une évidence.    

Publié dans Culture

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article