„La Pauvreté EST le problème“: Les coupures de budget dans l'éducation, L’assaillante expansion des tests standardisés aux Etats-Unis.

Publié le par Democracy Now!

 

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Extraits de l’interview du 26 août 2011 sur Democracy Now!The Peace and War report.

 


Democracy Now! est un bulletin d’informations totalement indépendant, présenté par Amy Goodman et Juan Gonzales.

 

 

 

(l’interview n’ayant pas été traduit dans sa totalité je vous propose de jeter un oeil sur le site

democracynow.org. Tous les programmes sont en anglais).

Avec Diane Ravitch, assistante et secrétaire dans la domaine de l’éducation sous la présidence de George W. Bush, auteur de plus de 20 ouvrages sur la question.

Mais aussi avec Brian Jonesqui a enseigné pendant 8 ans dans les écoles primaires d’Harlem, membre du „Mouvement pour l’encrage de l’éducation“.



JUAN GONZALEZ: Alors qu'à travers la nation toute entière les enfants se préparent à rejoindre les bancs l’école, nous nous penchons aujourd’hui sur les récents développements concernant les nouveautés apportées au système éducatif. A New York près de 780 employés du département de l’éducation de la ville vont perdre leurs postes en octobre lors de la plus grande campagne de licenciement conduite par une seule et même agence depuis que Michael Bloomberg est devenu maire en 2002.

J’ai relevé, dans le Daily New’s d’aujourd’hui, que ces licenciements allaient en particulier toucher fortement les districts scolaires les plus pauvres de la ville. Des licenciements qui résultent de coupures budgétaires radicales dans les écoles, survenues au cours de ces 4 dernières années consécutives. Ces coupures de budgets ont coûté à plus de 2000 enseignants leurs assignations et menacent désormais la sécurité de l’emploi de plus de 400 assistants et de 82 médiateurs parentaux.

 



Le mois dernier à Washington a eu lieu le rassemblement „ Sauver nos écoles“

L’écrivain spécialiste de l’éducation Jonathan Kozol critiquait la conduite tenue à l’égard de nombreux professeurs ainsi que le „gonflement“ des classes.





JONATHAN KOZOL: Le nombre d’élèves par classe est en essor dans les écoles les plus défavorisées. J’ai traversé des classes de 35, 40, 42 enfants, entassés dans une seule pièce. Originalité? A oublier! Créativité? A oublier. Esprit critique, poser des questions? Les enfants n’ont pas le temps de poser des questions. S’ils apprennent à poser des questions, ils devraient commencer par nous demander pourquoi les gens que nous élisons à la tête des institutions ne tiennent pas leurs promesses.



AMY GOODMAN: Entre-temps, une Cour d’Appel de Manhattan s’est unanimement prononcée hier: la ville de New York devrait livrer les performances de classements de centaines d’écoles d‘état au public. Connues sous le nom de „ Rapports de données des Professeurs“, les classements regroupent plus de 12,000 des 75, 000 professeurs des écoles publiques et révèleraient les progrès accomplis par les étudiants sur la base des tests standardisés. Les Syndicats de professeurs s’opposent à cet arrêt, argumentant que les rapports présentent des failles énormes, des manières de mesurer ces progrès trop subjectives et tenues de rester confidentielles.



JUAN GONZALEZ: La décision de la Cour intervient quelques jours après que le New York Times ait reporté que le nombre de signalisations annuelles rapportées par les éducateurs sur les manipulations des tests ont plus que triplées depuis que le maire Bloomberg a pris le contrôle du système scolaire de la ville de New York. Cette révélation est la plus récente de toute une liste de scandales concernant les tricheries à travers la nation toute entière. A Atlanta, l’administration a récemment prouvé que 44 écoles et 178 professeurs et directeurs ont truqué les résultats des tests standardisés lors des 10 dernières années.

Matt Batesky, professeur d’histoire générale à l’école de la Communauté de Lyons à Brooklyn, critique l’influence que les tests ont sur l’école.

MATT BATESKY: L’une des choses que nous faisons constamment désormais c’est juste de préparer les tests, tout le temps. Notre mission est tout simplement devenue: „Voilà votre test. Comment faire pour que les étudiants le passent avec succès?“ parce que c’est ça l’enjeu donc si les étudiants ne réussissent pas, ils n’obtiennent pas leurs diplômes. Et s’ils n’obtiennent pas leurs diplômes, vous savez bien, ça met en danger le destin de l’étudiant mais aussi celui de notre école.

(...)





AMY GOODMAN: A propos de l’éducation aujourd’hui... Nous donnons la parole à Diane Ritch





DIANE RAVITCH: Donc, nous sommes, et ce depuis au moins la dernière décennie et plus, piégés dans cette obsession des tests standardisés. Et nous avons une loi qui se nomme „aucun enfant mis de côté“, qui a été soutenue par George W. Bush et qui a été adoptée de manière écrasante par le Congrès en 2011. Et qui a imposée aux écoles des objectifs utopistes qui disent qu’en 2014 cent pour cent des enfants seront „compétents“. Et s’ils ne sont pas compétents, le principal de l’école sera viré, les professeurs seront virés, l’école sera fermée ou bien elle va être confiée à une entreprise privée ou changée en Charter school (écoles qui opèrent en-dehors du système public et qui font l’objet de nombreux débats et critiques aux Etat-Unis).

(...) Et maintenant nous voilà coincés par une loi que nul, par manque de capacités, ne peut changer, et ça reste là, anéantissant les écoles à travers tout le pays, à coup de tests standardisés. Donc nous avons, par exemple, le Président Obama qui dans son discours adressé à la Nation cette année dit que le plus important pour „gagner le futur“ c’est d'encourager l’innovation, la créativité et l’imagination. Nous ne ferons jamais cela en empruntant la route que nous prenons aujourd‘hui, avec toute cette attention accordée aux grands „enjeux“ des tests et en attaquant à répétition les professeurs. Et, vous savez, ce qu’il est en train d’arriver dans tout le pays, les budgets qui sont réduits, état après état, accroissant le nombre d’élèves par classe, c’est terrible pour l’avenir.

(...)

AMY GOODMAN: Et expliquez-nous comment la „tricherie“ fonctionne exactement. Les professeurs changent les réponses après que les enfants aient rendus les tests, donc les enfants ne savent même pas que leurs réponses ont été changées?



DIANE RAVITCH: C’est-à-dire, il y a plusieurs manières de „tricher“, et je suis sûre que Brian a vu, je suis sûre qu’il ne l’a pas fait, mais il a entendu parler des diverses manières de faire. Mais ça a été documenté à Washington et Baltimore et Atlanta. Il y avait des gens, des professeurs et des directeurs d’écoles qui ont littéralement changé les réponses de faux à vrai, et ils passaient ainsi les systèmes informatiques en faisant des ratures. Et donc, il y a eu des analyses électroniques de faites. Suffisamment intéressantes, à NYC, quand le contrôle du maire a commencé, éliminant les analyses concernant les ratures, ce qui est la manière la plus simple de voir que les réponses ont été changées de faux à vrai et de vrai à faux. Elles sont presque toujours modifiées, de faux à vrai. C’est une des manières de tricher.

(...)



JUAN GONZALEZ: Brian Jones, vous êtes professeur dans les „tranchées“. Pouvez-vous parler des pressions portées à l’encontre des professeurs ces derniers temps avec cet accent mis sur la standardisation des tests et les effets que ça a sur votre travail?



BRIAN JONES: Et bien, pour moi, les étudiants sont trompés avant même que le test soit fait. Regardez, la tricherie, la vraie tromperie sociale, arrive d’une telle manière que les grands enjeux de standardisation des tests fausse l’école en elle-même.

Laissez-moi vous raconter une histoire. J’étais en train de faire une expérience scientifique avec un groupe de 4 élèves de classe élémentaire. Nous étions au beau milieu d’une semaine d’expériences scientifiques, et nous avions, chacun avait des bacs sur leurs tables, et ils versaient et mélangeaient et exploraient. Nous tenions avec les enfants de riches discussions. Et une inspectrice est entrée et a dit „arrêtez ce que vous êtes en train de faire immédiatement“ , posant une pile de manuels et dit „vous devez commencer par ça“. Je la suppliais, sous les yeux des étudiants, „S’il vous plaît, laissez-nous terminer l’expérience maintenant, même dans les 10 prochaines minutes et puis nous attaquons les livres“. Elle dit „Non, vous me débarrassez ça tout de suite et commencez à travailler sur vos manuels“. Donc les enfants sont trompés d’avance. Ce système enseigne aux professeurs a passer au travers des mailles du filet, à ne pas encourager la pensée critique. Il nous enseigne à tous que la connaissance est produite par Pearson ou par l’une de ces firmes qui produit les tests, et vous ne pouvez pas le créer, vous ne pouvez pas l’instruire, vous ne pouvez rien en faire. Tout ce que vous pouvez faire c’est, plus ou moins, l’apprendre par coeur.

Il y a encore une autre manière de tromper les enfants. Dans les écoles primaires, où j’enseigne, nous avons tendance à passer au travers des genres d’études. Nous prenons un type de littérature à une certaine période et l’étudions. Et bien, désormais de plus en plus d’écoles sont en train de faire du test un genre, cela veut dire, étudier les particularités du test, si vous voulez comme un roman, ou si vous préférez comme une fiction historique ou une légende. Vous riez, mais c’est très sérieux. Tous les professeurs qui assistent à ce fait saventt bien de quoi je parle, que vous, dans une école primaire et dans beaucoup d’écoles, spécialement dans les écoles où ce pistolet menace votre tête, dans les écoles les plus pauvres, dans les écoles qui enseignent aux élèves les plus désavantagés, les enfants de couleur, dans les écoles de Harlem,vous devez enseigner aux enfants comment répondre au test. Vous devez enseigner à un enfant de huit ans ce qu’est une réponse à choix multiples, vous voyez ce que je veux dire? Et la chose qui me tue, c’est que, vous savez, les individus fortunés qui font, soutiennent et développent ce genre de politiques envoient leurs propres enfants dans des écoles qui n’ont rien en commun avec ça, où l’on promeut la recherche, où on ne passe pas ses journées obsédés par la manière de faire passer et réussir à un enfant un test.

(...)

AMY GOODMAN: Quand les tests commencent-ils?

Brian Jones: J’ai vu des écoles où l’on commençait à faire passer des tests dés le début, dés la première semaine d'école, où ils commencent avec des tests préliminaires.Si vous demandez à un enfant à Harlem,allez dans n’importe quelle école à Harlem et posez la question à un jeune élève d’école primaire „ quel est l’objectif de l’école?“ pourquoi es-tu à l’école?“ ils vous répondent,“c’est pour réussir des tests, ainsi je pourrai avoir un travail quand je serai grand“.

(...)

 

Publié dans Social actualities

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