La Place de Tahrir sous les attaques, une information tirée du journal indépendant américain Democracy Now! 21 novembre 2011.

Publié le par Kalesh

 

 

 

Des protestations massives ont entamé en Egypte leur troisième jour, appelant les dirigeants militaires du pays à rapidement transférer le pouvoir à un gouvernement civil. Des heurts violents ont éclaté au Caire sur la Place de Tahrir, où des centaines de manifestants se battent avec les forces de sécurité depuis samedi matin. La « Presse Associée » (Associated Press) rapporte que le Ministère égyptien de la Santé fait état aujourd’hui de 35 morts et de plus de 1750 blessés. « Au début de la révolution nos demandes étaient la liberté, la dignité et la justice sociale. Nous n’avons pas vu de justice sociale » dit Nasser Abdul Hadi, l’un des manifestants interviewé par la caméra du correspondant Sharif Abdel Kouddous pour Democracy Now !, qui est sur le terrain au Caire et qui couvre les manifestations depuis leur début.

 

 

SHARIF ABDEL KOUDDOUS: Dix mois après le début de la révolution egyptienne, la place Tahrir se retrouve encore une fois épicentre d’un nouveau soulèvement en Egypte. Des centaines de personnes ont pris les rues de la ville pour protester contre le Concil Suprême des forces armées arrivé au pouvoir après la chutte de Hosni Mubarak. Depuis près de  40 „raides“ heures, les manifestants se heurtent aux forces de sécurité dans le sud du Caire dans des conflits de rue, les plus violents depuis le début de la révolution. Les manifestations se sont étendues aux villes d’Alexandrie, de Suez et à de nombreuses autres grands centres urbains. Au final 12 personnes ont été tuées, d’après le Minstère de la Santé, et plus de 1400 personnes ont été blessées dans ce qui est devenue un mouvement de masse contre le pouvoir militaire.

Ce nouveau soulèvement a commencé par l’éveil d’une manifestation massive organisée le 18 novembre, originellement commandée par les groupes islamistes, dans les faits suivie par des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants aux appartenances politiques diverses. La manifestation s’est tenue 10 jours avant la programmation des  prochaines élections parlementaires. Des centaines de personnes se sont rassemblées à Tahrir vendredi pour protester contre la direction du Concil militaire et contre ses récents efforts à contrôler la rédaction d’une constitution et à mettre la main sur le pouvoir. Alors que la plupart des manifestants quittaient la Place à la tombée de la nuit, quelques centaines de personnes décidèrent de rester pour un sit-in ouvert qui devait clôre la manifestation. Mais très tôt le lendemain matin la Centrale des Forces de Sécurité à prise d’assaut Tahrir et a violemment dispersé ceux qui avaient établi un camp. Peu de temps après des centaines de manifestants ont rejoint Tahrir en guise de solidarité. Les combats avec la police ont très vite dégénérés. Les manifestants jettaient des pierres pendant que les forces de sécurité usaient de balles en caoutchouc pour mettre apparamment fin au supplice avec des gazs lacrymogènes jetés sur les foules.

 

Shady Mohammed, professeur de lycée.

SHADY MOHAMMED: Ce gaz brûle le visage. C’est comme si tu avais du poison dans la bouche et ça affecte le système nerveux. Ils le tirent sur nous depuis 2 heures de l’après-midi jusqu’à maintenant, donc ça fait 24 heures nonstop. On avance puis on recule. On ne sait pas ce qu’ils veulent. J’étais là au milieu des combats. J’ai été blessé à la tête par une pierre et m’en suis tiré avec trois points de suture.Je suis toujours là et je resterai jusqu’à ce que nous aboutissions à une genre de solution...

SHARIF ABDEL KOUDDOUS: La bataille de rue a continué sans interruptions toute la nuit depuis samedi jusqu’au jour suivant. Plusieurs centaines de personnes furent blessées. Beaucoupd’entre elles furent aspergées par des gazs et se sont évanouies. Beaucoup ont été atteintes au visage par des balles en caoutchouc. Malek Mostafa, un activiste réputé, a été touché à l’oeil gauche, comme de nombreux autres. Les manifestants ont monté des hôpitaux sur et autour de la Place.  

Mohamed Abdullah est physicien volontaire.

MOHAMED ABDULLAH : Ecoutez, la police ici est si stupide. Ils n’ont aucun sens de rien. Ils sont en train de tuer les gens. Ils tirent avec des fusils. Ils ont tiré sur moi. Ils ne tirent pas autour, ni l’air, mais sur les gens. Ils lancent des bombes, des bombes à gaz. Ils ne lancent pas au hasard, ok? Ils tirent dans les mosquées, dans les hôpitaux. Quand ils parviennent à pénétrer la place, ils tirent sur nous. Ils n’ont pas le sens commun, ok? C’est tout. J’étais là juste en face de la police, ok, et j’ammenais un patient à la clinique. Ils ont tiré avec des bombes à gaz. Et là j’étais comme! Pas de barrières entre nous, ok? Ils m’ont tiré dessus avec des fusils. J’ai reçu six balles, six balles dans la tête, et deux là et deux là, ok?

SHARIF ABDEL KOUDDOUS: C’était des boulettes?

MOHAMED ABDULLAH: Des bales, des petites balles. OK?

SHARIF ABDEL KOUDDOUS: C’était très proches de vos yeux.

MOHAMED ABDULLAH:  C’est interdit. C’est interdit. OK? Et les gazs. Et ils utilisent des pierres et tirent avec des fusils et du gaz. OK? Et-

SHARIF ABDEL KOUDDOUS:  Et pouvez-vous décrire l’effet des gazs sur les gens?

MOHAMED ABDULLAH: Le gaz donne des vertiges, les gens ne peuvent plus respirer et ont envie de vomir. On ne peut plus ouvrir les yeux, on pleure et on salive. Ca détruit les gens environ 5 minutes. Ils ne peuvent- ils n’ont plus le contrôle. OK? Ils ne peuvent pas courir. Ils ne peuvent pas bouger. Certains tombent dans le coma.

 

SHARIF ABDEL KOUDDOUS: Dimanche matin les combats n’ont montré aucun abattement. Vers 5h30 de l’après-midi la police et l’armée ont lancé et coordoné une attaque brutale pour reprendre la place. Ils ont lancé l’assaut avec des véhicules de la police et à coups de larges salves de gazs lacrymogènes. Le son des tirs de fusils résonnaient dans l’air. Les manifestants ont été forcé de rejoindre les rues. Des corps gisaient sur le sol, abandonnés. Sur une vidéo de mauvaise qualité on voit un corps sans vie traîné par les forces de sécurité quelques mètres plus loin et laissé parmi les détritus sur le bord de la rue. D’autres corps gisaient là sans vie sur le bord du trottoir. Après que la police et l’armée aient de manière incompréhensible quitté les lieux, les manifestants sont revenus sur la place. Leurs tentes avaient été brûlées. Dans la zone réservée à l’hôpital, une scène chaotique s’est déroulée, avec des morts et des des gens meurtris rapatriés par la foule, la plupart d’entre eux des jeunes hommes. Quand la nuit tomba, des centaines de personnes avaient repris la place et chantaient contre le Concil militaire. Les ambulances traversaient péniblement la foule transportant les personnes blessées jusqu’aux hôpitaux les plus proches. L’issue des combats restent incertaine, mais l’Egypte est en train de certifier son engagement dans ce qui ressemble à un soulèvement poplaire en pleine recrudescance.

AMYGOODMAN: Depuis me reportage de notre journaliste Sharif le Ministère de la Santé en Egypte a élevé à 35 le nombre de morts et à plus de 1750 blessés. 

Publié dans Social actualities

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