Le virage autoritaire de la Hongrie

Publié le par Silvina Carbone sur TV5 monde

Depuis le 1er janvier, la Hongrie du Premier ministre conservateur Viktor Orban s'est dotée d'une nouvelle constitution dénoncée par l'opposition de gauche et de nombreux mouvements de la société civile qui y voient une dérive autoritaire destinée à renforcer le pouvoir en place. Le changement est également observé de très près par l'Union européenne et le FMI. Politique, économie, justice, société et médias, tout y passe. Et seule une majorité des deux-tiers des députés permet de modifier ces nouvelles dispositions, ce qui réduit les marges de manoeuvre des futurs gouvernements. 
Interviews de deux témoins engagés : Janos Xantus, cinéaste, présent à la manifestation de protestation organisée juste devant l'opéra de Budapest à l'intérieur duquel tout ce que compte la politique était réuni pour fêter la nouvelle loi fondamentale et Andras Arato, directeur de Klubradio, la seule radio d'opposition hongroise, menacée de fermeture. 

 

"Vitkor Orban ne reculera devant rien"

Le cinéaste hongrois Janos Xantus dessiné par l'illustrateur Stéphane Trapier.
Janos Xantus, cinéaste et metteur en scène de théâtre, vit à Budapest. En 1984, son film "L'esquimaude a froid", est remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes. Hier il a manifesté pour protester contre l'entrée en vigueur de la nouvelle constitution hongroise mais aussi pour réclamer l'avènement d'une 4e République. 

"En Hongrie, nous n'avons pas l'habitude de manifester car durant 40 ans de dictature communiste, nous n'avons pas pu le faire. Ici, les syndicats qui étaient des organisations fantômes commencent à peine à exister. Il y a désormais de nouveaux dirigeants et c'est une joie car ces nouvelles personnalités seront peut-êtres les politiciens de demain. Viktor Orban ne reculera devant rien. C'est un politicien très arrogant et ce sont les situations dangereuses, extrêmes, qui lui donnent sa force. Cette constitution, c'est la partie visible de l'iceberg. Chaque jour nous sommes surpris par ce qui peut encore se passer ici. Tous les jours des lois absurdes sont proposées au Parlement. Nous voulons construire la 4e République, celle d'après la constitution de Viktor Orban. La manifestation d'hier a été l'occasion de rassembler différentes organisations civiles, les syndicats mais aussi des politiciens, de gauche surtout, et qui avaient pour consigne de ne pas parler. Ce rassemblement était important car il a montré que les forces démocratiques étaient capables de dire quelque chose ensemble, ce qui n'est pas évident dans ce pays. C'est un point important car les sondages montrent que les électeurs qui ne voteront pas pour le parti au pouvoir, le Fidesz, ne savent pas à qui ils donneront leur voix lors de la prochaine présidentielle en 2014. Je suis très optimiste de nature mais une chose est sure, pour qu'une démocratie soit légitime, les gens doivent agir pour construire le système dans lequel ils souhaitent vivre. Les Russes nous ont rendu notre liberté mais il il faut la travailler". 

Andras Arato, directeur de la radio d'opposition Klubradio

Radioklub, radio d'opposition en danger

Andras Arato est le directeur de Klubradio, la seule radio d'opposition de Hongrie qui revendique 500 000 auditeurs. Klubradio est une radio d'information qui existe depuis 2002 et dont l'autorisation d'émettre (12 ans en Hongrie) est arrivée à terme. Mais les règles du jeu de l'appel d'offres en matière de fréquences ont été changées par le Conseil des médias. La fréquence de Klubradio a ainsi été accordée à une station totalement inconnue diffusant uniquement de la musique. Mais Klubradio, en sursis jusqu'à fin février, ne baisse pas les bras. 

"Les autorités n'accordent des entretiens qu'aux médias publics, totalement contrôlés. Ils mentent tous les jours à propos de la situation de Klubradio. Ils racontent que notre dossier n'était pas sérieux. Le conseil des médias a décrété qu'il fallait davantage de musique que de débats sur les ondes. Nous avons répliqué avec un pied-de- nez : nous avons chanté les informations ! Plus sérieusement, ce ne peut être qu'une attaque contre nous. Nous avons fait appel devant la justice car nous estimons que la décision du Conseil des médias est illégale. Nous avons bon espoir. Parallèlement nous avons fait répondu à un autre appel d'offre, que nous avons gagné, pour obtenir une autre fréquence mais le Conseil des médias a annulé la procédure. Là aussi, nous avons fait appel. Nous comptons également sur le soutien de nos auditeurs. Quelques milliers de personnes sont descendues dans la rue dans les derniers jours du mois de décembre pour protester contre la nouvelle constitution et les atteintes à la démocratie en Hongrie. Cette manifestation avait été organisé par nos confrères de la télévision publique, en grève de la faim depuis le 10 décembre, pour protester contre la main-mise du gouvernement sur l'information car aujourd'hui seules les bonnes nouvelles à propos du gouvernement ont droit de cité. Nous avons été la seule radio à en parler. J'ignore si tout cela va changer quelque chose à notre situation mais cela aura au moins le mérite de montrer qu'il y a d'autres voix que celle du pouvoir central. Durant les deux dernières décennies du joug soviétique, Ce qui est clair aujourd'hui pour tous ceux qui sont actifs politiquement, c'est que toutes les institutions démocratiques hongroises sont presque ou totalement détruites et cela ne peut que renforcer l'opposition. 
En tout cas, durant les dix dernières années sous la houlette soviétique, les différentes opinions étaient mieux représentées. Depuis la chute du mur, dans les médias privés, bien sûr qu'il y a des difficultés et l'Union européenne nous surveille, mais durant ces vingt dernières années, chaque année, la situation s'est améliorée par rapport à ce qu'elle était au départ. Tous les Hongrois démocrates se sont estimés heureux de vivre dans cette partie développée du monde. Je suis optimiste et j'agis".  


Publié dans Interviews

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