R.A.S d'Yves Boisset, un film sur la guerre d'Algérie, diffusé ce soir dans la nuit sur France 2, à 1h25

Publié le par Kalesh

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La censure fonctionne toujours aussi bien en France.Yves Boisset, cinéaste engagé, auteur d'une autobiographie qui vient de sortir "La vie est un choix", a réalisé en 1973 un film sur la guerre d'Algérie qui va être diffusé cette nuit sur France 2 à 1h25. 

D'après les propres mots d'Yves Boisset, auteur de nombreux films "engagés" comme Un condé ou Dupont la joie, le cinéma est aujourd'hui victime d'une censure plus pernicieuse, bien plus vicieuse puisque transparente et impalpable, qui touche tous les secteurs de la culture en France comme dans de nombreux pays. Cette censure, économique, n' a d'après lui pas son égal dans l'histoire. Elle frappe les productions cinématographiques actuelles beaucoup plus qu'on ne le pense. Des budgets refusés à des films qui "dérangent" en passant par une diffusion minime voire ridicule dans les cinémas, le cinéma engagé, social, perd désormais de son indépendance et de sa liberté de parole. 


 

Voici un texte présentant le film R.A.S extrait du site algeriades.com 

 

"R.A.S., "Rien à signaler". Derrière cette mention régulièrement consignée sur les registres d’une guerre qui ne disait pas son nom, le film d’Yves Boisset dénonçait sans fioritures les méthodes de la guerre de pacification employées durant le conflit algérien. "Rappelés" pour grossir les effectifs d’une armée en campagne, Rémy March (Jacques Spiesser), Alain Charpentier (Jacques Veber) et Raymond Dax (Jacques Villeret) vont faire la dure expérience, au sein d’un bataillon disciplinaire, de la préparation au combat contre les fellaghas et des ratissages dans le djebel.

 

Dans son Dictionnaire de la censure au cinéma (Paris, PUF, 1998), Jean-Luc Douin revient longuement sur les mésaventures d’Yves Boisset durant la préparation, le tournage et jusqu’à la sortie de R.A.S. : "La sécurité militaire est sur les dents face à ce projet de film sur la guerre d’Algérie ; elle cherche à empêcher le tournage par tous les moyens. Elle interdit l’accès à la moindre caserne, fait pression sur les loueurs d’uniformes et d’armes ( "... si vous aidez Boisset, nos surplus et armes démilitarisées vous seront désormais interdites"). Boisset doit maquiller des uniformes de l’armée belge, monter une coproduction avec l’Algérie... jusqu’à ce que la France fasse pression sur l’Algérie, d’où l’équipe est finalement expulsée. Le film est tourné sur le versant tunisien des Aurès (sur les lieux mêmes d’où Jean-Louis Bertucelli, qui avait commencé Remparts d’argile, avait été lui-même expulsé ; il put finir son film sur le décor de R.A.S., que Boisset venait de quitter contraint et forcé. Le financement du film est bloqué à trois reprises, des bobines disparaissent "mystérieusement" lors du retour en France (des scènes de torture, comme par hasard), obligeant Boisset à aller les retourner. Le représentant du ministère des Armées à la censure s’oppose à sa sortie. Coupes : une scène de gégène, une scène de "corvée de bois" et une scène qui préfixe l’OAS et le putsch des généraux. Lors de sa sortie, des bombes sont lancées dans des salles. A Ivry, pendant un débat, des provocateurs d’extrême droite lancent des grenades offensives... qui blessent des anciens d’Algérie venus accuser le film d’être mensonger. Le film est interdit dans certaines municipalités. Sorti en plein été, une forme d’exploitation en fraude, le film est un succès. Il est très rarement diffusé à la télévision."

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